Les grandes dates de Valence
| Date | Événement |
|---|---|
| 121 av. J.-C. | Fondation de Valentia par les Romains, sur le territoire des Ségovellaunes |
| 5 août 1095 | Le pape Urbain II consacre lui-même la cathédrale Saint-Apollinaire |
| 1150 | L'évêque devient comte de Valence, réunissant le spirituel et le temporel |
| 26 juillet 1452 | Le dauphin Louis, futur Louis XI, fonde l'université de Valence |
| 1531 | Construction de la Maison des Têtes pour Antoine de Dorne |
| 1562 | Le baron des Adrets prend la ville, la cathédrale est incendiée |
| 1604 | Début de la reconstruction de la cathédrale à l'identique |
| 1777 | Installation de l'école d'artillerie et du régiment de La Fère |
| 3 nov. 1785 | Arrivée de Napoléon Bonaparte, seize ans, sous-lieutenant d'artillerie |
| 4 mars 1790 | Création du département de la Drôme, Valence devient préfecture |
| 29 juin 1854 | La gare de Valence ouvre, terminus provisoire de la ligne venue d'Avignon |
| 16 avril 1855 | La voie rejoint Lyon, Valence est reliée aux deux bouts de la vallée |
| 1860 | Démolition des remparts, remplacés par les boulevards |
| 15 août 1944 | Une centaine de bombes américaines manquent le pont Mistral, près de 300 civils tués |
| 31 août 1944 | Les FFI de la Drôme libèrent Valence à l'aube |
| 10 juin 2001 | Ouverture de la gare de Valence TGV à Alixan, avec la LGV Méditerranée |
La fondation romaine de 121 avant J.-C.
En 121 avant J.-C., les Romains fondent une colonie sur la rive gauche du Rhône, sur le territoire des Ségovellaunes, une tribu gauloise de la région. Ils la nomment Valentia, « la vigoureuse ». Le choix du site n'a rien d'un hasard, c'est l'un des rares endroits où le Rhône se resserre assez pour être tenu, entre le nord et le sud de la Gaule.
La colonie est bâtie sur le plan en damier habituel, avec son forum, ses thermes, son cirque et son théâtre, organisés autour du cardo et du decumanus. Il n'en reste presque rien en élévation. Ce qu'on en sait vient des fouilles et du sous-sol, pas de ruines visibles, et c'est pourquoi Valence, ville deux fois millénaire, ne se visite pas comme Vienne ou Orange.
La suite est une longue période sans histoire militaire. Valentia appartient à la Narbonnaise et vit du trafic du fleuve.
Le pape Urbain II consacre la cathédrale en 1095
La cathédrale Saint-Apollinaire est bâtie sous l'évêque Gontard, entre 1063 et 1099, en roman bourguignon. Le 5 août 1095, le pape Urbain II vient la consacrer en personne, sous le triple vocable de saint Cyprien, saint Corneille et saint Apollinaire. La pierre de dédicace est toujours en place, dans le mur sud.
Urbain II n'est pas de passage par hasard. Il entame alors un voyage d'un an à travers la France, au cours duquel il consacrera plusieurs autres églises, dont Saint-Sernin de Toulouse et la cathédrale de Nîmes. Ce qui fait la valeur de la date valentinoise, c'est sa place dans ce calendrier. Le 5 août, la croisade n'existe pas encore. Le pape ne la prêchera qu'au concile de Clermont, moins de quatre mois plus tard, le 27 novembre.
En 1562, le baron des Adrets prend la ville pour les huguenots et la cathédrale brûle. La reconstruction à l'identique commence en 1604 et s'étale sur des décennies. Le clocher, lui, date du XIXe siècle. Ce qu'on voit aujourd'hui est donc une copie fidèle d'un édifice roman, ce qui explique l'impression d'homogénéité rare pour une cathédrale française. Voir la fiche de la cathédrale.
L'université de 1452 et l'école de droit de Cujas
Le 26 juillet 1452, le dauphin Louis, futur Louis XI et alors maître du Dauphiné, fonde l'université de Valence, avec quatre facultés, théologie, droit, médecine et arts. Le pape Pie II la confirme par une bulle en 1459. Le dauphin n'a pas choisi Valence pour son prestige, mais pour sa position sur un axe commercial très fréquenté, où les étudiants pouvaient venir de loin sans détour.
Le siècle suivant lui donne sa réputation. Jacques Cujas (1522-1590) y enseigne le droit romain et attire des étudiants de toute l'Europe, au point que la faculté de droit de Valence compte alors parmi les meilleures du continent. La ville confie d'ailleurs ses chaires à des professeurs italiens ou formés en Italie, ce qui était la marque des écoles de droit sérieuses de l'époque.
L'université disparaît avec la Révolution, en 1792. Valence attendra le XXe siècle pour retrouver un enseignement supérieur, aujourd'hui réparti entre l'antenne universitaire et l'IUT.
La Maison des Têtes de 1531
La base Mérimée date la Maison des Têtes du deuxième quart du XVIe siècle et retient l'année 1531. Elle a été construite pour Antoine de Dorne, professeur à l'université de Valence et consul de la ville, ce qui explique les figures de sa façade. Le service du patrimoine y reconnaît la Fortune, le Temps, la Théologie, le Droit et la Médecine. Elle abrite aujourd'hui la Maison du Patrimoine, dont l'entrée est gratuite. Voir la fiche de la Maison des Têtes.
Bonaparte loge au 48 Grande-Rue pour 8 livres 8 sols par mois
Le 3 novembre 1785, un sous-lieutenant de seize ans arrive de l'École militaire de Paris avec son camarade Alexandre des Mazis. Il s'appelle encore Napoleone di Buonaparte et rejoint le régiment d'artillerie de La Fère et l'école d'artillerie, installés à Valence depuis 1777. C'est son premier poste.
Il prend une chambre chez mademoiselle Marie-Claudine Bou, une célibataire d'une cinquantaine d'années qui tient un café-cercle au 48 Grande-Rue, à l'angle de la rue du Croissant, devenue depuis la rue du Lieutenant-Bonaparte. Le loyer est de 8 livres et 8 sols par mois, pour une chambre à l'étage dont les fenêtres donnent sur la Grand'Rue, presque en face de la Maison des Têtes. Il y reste jusqu'au 31 août 1786.
Il y revient ensuite régulièrement. On a documenté seize passages ou séjours entre 1785 et 1814. La ville l'a vu lieutenant inconnu, puis général, puis Premier consul, puis empereur. Le dernier passage est du 24 avril 1814, sur la route de l'exil vers l'île d'Elbe. Il ne repassera pas par Valence au retour de l'île, en 1815, puisqu'il choisira alors la route des Alpes par Grenoble.
Sur les pas de Bonaparte
Une statue en bronze inaugurée en septembre 2010, place de la Porte-Neuve, représente le jeune lieutenant en train de lire. À l'angle de la Grande-Rue et de la rue du Lieutenant-Bonaparte, une fresque murale le montre en juillet 1791, en conversation avec ses amies valentinoises Adélaïde de Saint-Germain et Amélie de Laurencin. Place des Ormeaux se trouvait l'ancien poste de garde où il a pris son tour le 11 janvier 1786. L'office de tourisme relie ces points par un parcours balisé.
Valence devient préfecture en 1790
Le 4 mars 1790, le département de la Drôme est créé et Valence en devient le chef-lieu. Ce statut, qu'elle n'a jamais perdu depuis, lui a valu des institutions que sa taille seule ne lui aurait pas données, la préfecture, le tribunal judiciaire, l'hôpital. C'est encore ce qui fait qu'une ville de 64 000 habitants accueille chaque jour des Drômois venus de tout le département.
Le train arrive par le sud en 1854
Contrairement à ce qu'on suppose souvent, Valence n'a pas été reliée à Lyon d'abord. La gare ouvre le 29 juin 1854 comme terminus provisoire, avec un simple embarcadère en bois, au bout de la ligne venue d'Avignon. La voie vers Lyon n'est mise en service que dix mois plus tard, le 16 avril 1855.
À partir de là, tout va vite. La population afflue, l'industrie s'installe, la ville déborde de ses murs. Les remparts, devenus encombrants, sont démolis en 1860 et remplacés par les boulevards qui ceinturent encore le centre. La gare de Valence-Ville occupe toujours l'emplacement de 1854.
Cent bombes américaines manquent le pont Mistral en août 1944
Le 15 août 1944, une vingtaine de bombardiers américains larguent une centaine de bombes de 250 kilos depuis 4 000 mètres. La cible est le pont Mistral, qui franchit le Rhône vers Guilherand-Granges et que les troupes allemandes empruntent. Les bombes tombent à côté.
Les travaux historiques attribuent l'échec à des équipages jeunes et peu expérimentés, désorientés par la défense antiaérienne allemande installée à Chabeuil, et à un vent fort qui a dévié les trajectoires. La basse ville est dévastée. On compte près de 300 civils tués, le bilan d'une seule journée le plus lourd de l'histoire de Valence.
Seize jours plus tard, le soir du 30 août, le commandant Legrand, chef des FFI de la Drôme, ordonne l'attaque pour le lendemain à l'aube. Après quelques combats dispersés, Valence est libérée le 31 août 1944, par les résistants drômois eux-mêmes, avant l'arrivée des troupes régulières alliées.
Les traces visibles de chaque époque
De la ville romaine, rien à voir en surface. De la ville médiévale et Renaissance, l'essentiel tient dans le vieux Valence, la cathédrale, la Maison des Têtes, les Pendentifs et le réseau de côtes qui descendent vers le Rhône. Du XIXe siècle viennent les boulevards de 1860, le parc Jouvet et le kiosque Peynet. De 1944, il reste surtout des vides, ces immeubles d'après-guerre de la basse ville qui n'ont pas l'âge de leurs voisins.
La dernière date qui a changé la ville n'est pas ancienne. Le 10 juin 2001, la gare de Valence TGV ouvre à Alixan, à onze kilomètres du centre, avec la LGV Méditerranée. Elle a mis Paris à un peu plus de deux heures et déplacé une partie de l'activité vers la plaine, loin du fleuve autour duquel la ville s'était construite pendant deux mille ans.
Questions fréquentes
Napoléon a-t-il vraiment vécu à Valence ?
Oui. Il arrive le 3 novembre 1785, à seize ans, comme sous-lieutenant au régiment d'artillerie de La Fère. Il loge chez mademoiselle Bou, au 48 Grande-Rue, jusqu'au 31 août 1786, puis revient. Seize passages ou séjours sont documentés entre 1785 et 1814.
Quelle est l'origine du nom Valence ?
Le nom vient du latin Valentia, « la vigoureuse ». Les Romains fondent la colonie sous ce nom en 121 avant J.-C., sur le territoire de la tribu gauloise des Ségovellaunes.
Quand a été fondée l'université de Valence ?
Le 26 juillet 1452, par le dauphin Louis, futur Louis XI, avec quatre facultés. Le pape Pie II la confirme en 1459. Jacques Cujas y enseigne le droit romain au XVIe siècle. Elle disparaît avec la Révolution, en 1792.
Pourquoi la cathédrale de Valence a-t-elle été consacrée par un pape ?
Parce qu'Urbain II passait par là. Il consacre la cathédrale le 5 août 1095, au début d'un voyage d'un an à travers la France pendant lequel il consacrera aussi Saint-Sernin de Toulouse et la cathédrale de Nîmes. La date compte surtout pour ce qui suit, le pape ne prêchera la première croisade que le 27 novembre, à Clermont.
Que s'est-il passé à Valence le 15 août 1944 ?
Une vingtaine de bombardiers américains ont visé le pont Mistral et manqué leur cible. Une centaine de bombes de 250 kilos sont tombées sur la basse ville, faisant près de 300 morts civils. La ville est libérée seize jours plus tard, le 31 août, par les FFI de la Drôme.